Je connais un pasteur très à l'aise avec l'informatique. Dans son église, un jour, la personne chargée de la projection venait de changer de logiciel et avait du mal à s'y habituer. Alors chaque semaine, avec toute la gentillesse du monde, il lui disait : « T'inquiète, je regarde cette semaine et je te rapporte la liste de chants prête pour dimanche prochain. »
Il faisait sûrement fait ça très vite, et c'est bien là le problème. Il a fallu qu'il se fasse vraiment violence pour la laisser se débrouiller seule. Et tu sais quoi ? En deux semaines, ça roulait tout seul, elle était autonome !!
Si tu as déjà dit « laisse, je m'en occupe » à quelqu'un qui galérait, cet article est pour toi.
Pourquoi c'est si dur de lâcher
La première raison, c'est que c'est plus rapide de le faire soi-même. Sur le moment, c'est vrai. Mais faisons un petit calcul : vingt minutes par semaine pour préparer une liste de chants, c'est plus de dix-sept heures sur une année. Et surtout, à chaque fois que ce pasteur reprenait la liste, il retirait à cette personne l'occasion d'apprendre.
La deuxième, c'est la peur que ce soit moins bien fait. Et je vais être honnête avec toi : au début, ce sera probablement moins bien fait. Il y aura une diapositive de travers, des chants mal calibrés, un oubli, un mail parti un peu tard. C'est normal, c'est le prix de l'apprentissage.
La troisième est plus discrète : tout est dans ta tête. Tu sais comment on fait, mais tu ne l'as jamais écrit, et l'idée de devoir tout expliquer te fatigue d'avance. Alors tu repousses, et tu continues à faire.
Et puis il y a la dernière, qu'on avoue moins facilement : être indispensable, ça fait du bien. On se sent utile, attendu, au centre. Un pasteur qui intervient dans ma formation l'a résumé avec une grande justesse : « Comment, à notre tour, faire confiance ? Tel est le défi. »
Ce que Jéthro avait vu
Bien avant Actes 6, Moïse passait ses journées à juger toutes les affaires du peuple, du matin au soir. Son beau-père Jéthro observe la scène et lui dit : « Tu t'épuiseras toi-même, et tu épuiseras ce peuple qui est avec toi » (Exode 18.18).
J'aime ce verset parce qu'il dit une chose qu'on oublie : quand on ne délègue pas, on ne s'épuise pas seulement soi-même. On épuise aussi ceux qui attendent, ceux qui n'osent plus proposer leur aide, ceux qui pourraient grandir et à qui on ne laisse pas la place.
Ta première délégation, pas à pas
Inutile de tout confier d'un coup. Je te propose de commencer par une seule tâche, et de bien la choisir.
Choisis une tâche qui revient souvent, qui n'est pas confidentielle et dont l'enjeu est faible si elle est ratée une fois. La liste de chants, la réservation d'une salle ou le planning d'accueil sont de très bons candidats !
Confie le résultat, pas seulement les étapes. Dis ce que « réussi » veut dire pour toi et soit clair dans ta demande.
Écris-le une fois. Ce que tu expliques deux fois mérite d'être noté quelque part. Dans ma formation, on appelle ça un protocole, et il tient en trois parties : les étapes, les ressources utiles (identifiants, contacts, modèles) et un plan B pour le jour où ça coince.
Prévois un moment pour les questions, plutôt que de reprendre la main. Un point rapide chaque semaine, évite les « je regarde et je te dis » qui finissent toujours par te revenir.
Laisse passer quelques semaines avant de juger. Deux semaines ont suffi pour la projection, parfois il en faudra un peu plus, mais la courbe monte presque toujours plus vite qu'on ne le craint.
Déléguer, ce n'est pas se débarrasser
Une dernière chose : déléguer ne veut pas dire disparaître. La personne à qui tu as confié quelque chose a besoin de savoir que tu vois ce qu'elle fait, que tu es là si elle bloque, et que son service compte. Un merci le dimanche, une question sur la façon dont ça se passe, c'est souvent tout ce qu'il faut pour qu'elle tienne dans la durée.
Et le jour où tu te surprends à dire « t'inquiète, je m'en occupe », arrête-toi deux secondes et demande-toi si tu rends vraiment service… ou si tu viens juste de reprendre une tâche pour les trois prochaines années !
Si tu as envie d'aller plus loin et de confier une vraie partie de l'organisation à quelqu'un, l'article Assistant pastoral : de quoi parle-t-on vraiment ? t'aidera à y voir clair, et la Formation Assistant Pastoral prépare justement cette personne à prendre le relais.
Que Dieu te bénisse,
Camille