C'est probablement la phrase que j'entends le plus quand je parle de ce poste avec des pasteurs. « Un assistant, ce serait génial, mais je n'ai personne. » Et je les crois sincères : ils regardent autour d'eux, ils passent en revue les visages du dimanche, et ils ne voient personne.
Je pense pourtant que, bien souvent, le problème n'est pas l'absence de la bonne personne, mais le fait qu'on ne sait pas encore la reconnaître.
Pourquoi on ne la voit pas
Dans nos églises, on cherche des musiciens, des moniteurs pour l'école du dimanche, un trésorier, des anciens. Ces besoins-là, tout le monde les connaît, on sait à quoi ressemble la personne qu'il faut, et on finit souvent par la trouver. Mais qui a déjà entendu une annonce du dimanche pour chercher un assistant pastoral ?
Comme le poste n'existe pas dans nos têtes, le profil n'existe pas non plus. Et la personne qui aurait toutes les qualités pour l'occuper passe sous nos yeux chaque semaine sans qu'on pense à elle, parfois sans qu'elle y pense elle-même.
Je suis bien placée pour le savoir, parce que cette personne, ça a été moi.
Mon histoire, en quelques lignes
Avant de devenir assistante pastorale, je me demandais sincèrement ce que Dieu avait prévu de faire de moi. Aucun service à l'église ne me parlait vraiment, je ne me sentais à ma place nulle part. Mon conjoint avait commencé son cursus pastoral, et ce cursus nous a menés dans une église d'Île-de-France.
Le pasteur de cette église avait eu une assistante quelques années plus tôt et n'en avait plus. Pendant plusieurs mois, il a observé, il a appris à me connaître, et un jour il m'a proposé le poste. Ça a été une révélation : c'était exactement ce dont j'avais besoin, et je m'y suis épanouie.
Je me demande souvent combien de personnes, dans nos églises, sont dans la situation où j'étais avant ce jour-là : disponibles, motivées, mais sans service qui leur corresponde, simplement parce que le leur n'a pas encore de nom.
Ce qu'il avait vu chez moi
Quand je lui ai demandé plus tard ce qui l'avait décidé, il ne m'a pas parlé de compétences en informatique ou en organisation. Il m'a parlé de quatre choses.
Ma curiosité, d'abord. J'ai toujours eu besoin de comprendre comment les choses fonctionnent, pourquoi on les fait comme ça, ce qu'il y a derrière.
Ma façon de tout remettre en question, ensuite, ce qui, je te l'accorde, n'est pas toujours confortable pour un pasteur ! Mais une personne qui demande « pourquoi on fait comme ça ? » pour comprendre et pour améliorer, et non pour contester, c'est une personne qui va repérer les oublis, les doublons et les petites choses qui coincent avant qu'elles deviennent de gros problèmes.
Mon équilibre entre mon « être » et mon « faire », aussi. J'aimais rendre service, mais servir n'était pas toute mon identité. Et c'est essentiel pour ce poste, parce qu'un assistant qui se définit uniquement par ce qu'il fait finira épuisé, ou finira par tout porter à ta place.
Et enfin, le fait que j'étais toujours la même : le dimanche, en semaine, avec lui, avec les autres. Pour quelqu'un qui va voir passer beaucoup d'informations sensibles et travailler au plus près du pasteur, cette constance vaut plus que n'importe quel diplôme.
Tu remarqueras qu'aucune de ces qualités ne s'apprend dans un tutoriel. Le reste, l'organisation, les outils, l'administratif, tout ça se transmet. Ce poste existe, et il s'apprend.
Cinq questions pour regarder autrement autour de toi
Cette semaine, en pensant aux personnes de ton église, pose-toi ces questions :
Est-ce que cette personne remarque ce qui manque avant qu'on le lui signale ?
Est-ce qu'elle pose des questions pour comprendre, et pas pour contester ?
Est-ce qu'elle est la même le dimanche, en réunion et en dehors de l'église ?
Est-ce qu'on peut lui confier quelque chose sans craindre que ça circule ?
Est-ce qu'elle sait servir sans que servir devienne toute son identité ?
Regarde aussi du côté de ceux qui ne trouvent pas leur place dans les services existants. Ce n'est pas forcément un manque d'engagement : c'est peut-être simplement que leur place n'a pas encore été créée.
Prendre le temps de voir
Le pasteur qui m'a proposé ce poste ne l'a pas fait au bout de trois semaines. Il a pris plusieurs mois pour voir qui j'étais, et je crois que c'est une vraie sagesse. Tu peux commencer par confier une petite mission concrète (préparer un planning, organiser un temps fort, mettre à jour une liste) et regarder comment la personne s'en saisit.
Quand tu sens que c'est la bonne personne, parles-en avec ton conseil ou tes anciens avant de lui proposer quoi que ce soit, puis propose-lui le poste clairement, en le nommant. Tu ne lui demandes pas « un petit coup de main de temps en temps », tu lui proposes une place.
Et si vraiment, il n'y a personne ?
Ça arrive, et ce n'est pas un échec. Jésus lui-même le disait : « La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Luc 10.2). Prier pour cette personne-là, précisément, n'est pas une formule pieuse : c'est souvent le premier pas pour commencer à la voir.
Si tu veux mieux comprendre ce que recouvre ce poste avant d'en parler autour de toi, j'ai écrit Assistant pastoral : de quoi parle-t-on vraiment ?. Et le jour où tu as trouvé ta personne, la Formation Assistant Pastoral est là pour l'aider à prendre cette place avec assurance.
Que Dieu te bénisse, Camille